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Branle-bas de combat dans la vallée de l’Arve (vallée du décolletage)

La crise mondiale frappe de plein fouet ce site de Haute-Savoie où un demi-millier de petites entreprises se dédient à la fabrication de pièces mécaniques. Ici trois PME sur cinq dépendent de l’automobile. Reportage de Pierre-Alexandre Sallier, à Cluses.

Pour les vacanciers qui viennent skier dans les stations de Haute-Savoie, la remontée de la vallée de l’Arve annonce surtout la fin de plusieurs heures de route ou de train. Et les bâtiments industriels anonymes défilant entre Bonneville et Cluses sont aussitôt oubliés, alors qu’est franchie la passe étroite ouvrant l’accès à Megève, Saint-Gervais ou Chamonix. Dommage. Car ce fond de vallée alpine abrite un maillage unique d’un demi-millier de petites entreprises dédiées à la fabrication de pièces mécaniques que l’on pourrait croire depuis longtemps délocalisées : injecteurs automobiles, pièces aéronautiques, vannes de tout type, vis à usage médical… La spécialité locale ? Le décolletage. Les trois quarts de cette activité en France sont situés ici. Cette filière assure un emploi à 12.000 personnes, soit près de 15 % des habitants de la vallée.




160.000 euros d’ardoise

Cet hiver aura été particulièrement rude dans ce pays du Faucigny. Pas seulement en raison de la neige et du froid intense qui ont régné en janvier. La crise, mondiale, a figé l’activité, alors que trois PME sur cinq dépendent du secteur automobile. Située sous la montagne du Bargy, à la sortie du village de Marnaz, Bouverat Pernat, une entreprise de 9 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, s’estime heureuse de ne faire qu’un tiers de son activité avec les équipementiers. « Wagon Automotive vient de déposer le bilan et nous laisse une ardoise de 160.000 euros », se désole Louis Pernat, patron de l’entreprise créée par son père en 1975. Et celui-ci de relater le brutal arrêt des commandes : – 17 % en octobre, – 40 % en novembre, – 50 % en décembre…
Saut de puce sur l’autre versant de la vallée, dans la commune de Thyez. « Les pots d’échappement Devil, qui étaient l’un de nos plus gros clients, sont en cessation de paiements », explique posément Albert Felisaz, codirigeant de l’entreprise éponyme, qui emploie 15 personnes. Résultat, « 30 % du chiffre » qui part en fumée. « On fait des économies partout : plus d’heures sup, service de nettoyage arrêté… », témoigne ce dernier, qui se diversifie de manière originale dans la fabrication de fixations ultralégères pour skis de randonnée, vendues sur Internet.
Les décolleteurs ne sont pas les seuls touchés. Au bord de l’Autoroute Blanche, Somfy, le géant de l’automatisation des volets roulants, stores ou portes de garage, fait les frais de la crise de la construction. « Nos marchés ont été touchés comme des dominos : tout a commencé avec la baisse des permis de construire en Allemagne, fin 2007 ; ensuite, début 2008, le ralentissement s’est propagé à l’Espagne, au Royaume-Uni, puis à la France, l’Italie », témoigne Jean-Philippe Demaël, directeur général de la multinationale. Son chiffre d’affaires — 750 millions d’euros — a certes progressé l’an dernier de 4,1 %. Mais d’octobre à décembre, l’activité de ce groupe employant 1.400 personnes dans la vallée décline de plus de 4 %, à périmètre et taux de change constants.
Rapidement, les entreprises ont dû prendre des mesures : réduction des heures supplémentaires, licenciement des intérimaires — il y en avait plus d’un millier dans la région — congés sans solde… Au retour des vacances de Noël — allongées — il a fallu se résoudre au chômage partiel. Nombre d’entre elles ont fermé leur atelier un après-midi, puis un jour par semaine.
Garder les équipes
Alors que les trésoreries s’épuisent peu à peu, tout le monde craint la prochaine étape : les licenciements secs. « Lorsque tout allait bien, on était freiné par le manque de main-d’œuvre qualifiée. Mettre en place nos équipes a pris des années… On ne va pas casser tout ça ! » se défend Louis Pernat. « En réalité, ne pas licencier, c’est utiliser sa trésorerie pour garder ses équipes… une forme d’investissement », ajoute Julie Gnuva, à la tête de DGIN, entreprise de 6,4 millions de chiffre d’affaires fondée par son grand-père.
À l’instar de ses homologues, en général très méfiants vis-à-vis de l’administration et de « Paris », cette dirigeante de 31 ans reconnaît que, « cette fois, quelque chose a bougé : Direction du travail, Trésor public, préfet… tout le monde a réagi très vite ».

Formation chaque lundi

Des reports de paiement de taxes ont été négociés. Mais le principal levier sur lequel entreprises et pouvoirs publics comptent pour contrer cette fatalité reste celui de la formation. L’idée ? Mobiliser les différents fonds — publics ou paritaires — afin de leur faire prendre en charge le coût de cet apprentissage, mais également une partie de la rémunération des employés. Les partenaires sociaux participent. « On travaille de front avec le patronat, afin que les organismes collecteurs prennent mieux en charge les salaires, que les ouvriers sans qualification en bénéficient aussi », témoigne Nicolas Lethenet, responsable départemental de la CFDT pour la métallurgie. Chez Bouverat Pernat, le lundi est consacré à la formation. « C’est meilleur pour le moral des salariés, on fait des choses que l’on n’avait pas le temps de faire en temps normal », souffle de son côté la jeune directrice de DGIN.
Ces mesures permettront de tenir quelques mois, en espérant que le plongeon des commandes s’estompe. Afin de ne pas revivre la menace des délocalisations, ou des rachats par des financiers. À Thyez, Franck et Pignart, un gros sous-traitant dépendant de l’équipementier américain Autocam et employant 640 personnes, est au bord du gouffre : un plan de sauvegarde a été décrété, un rachat par un fonds allemand évoqué. « Les fonds de pension ne riment pas seulement avec casse sociale. Ils sabrent dans les stocks, l’entretien des machines, afin de grappiller des marges immédiates… Au bout d’un moment il ne reste qu’un squelette d’entreprise », décrit un syndicaliste. Beaucoup s’opposent également à la logique de regroupement en grosses PME, « à l’allemande ». « Dans cette vallée les gens sont individualistes, ils se connaissent tous mais sont tous concurrents, c’est cela qui nous a permis de garder notre compétitivité », soutient Julie Gnuva. « Ce qui nous permet de tenir face aux pays low-cost ? Mobiliser dans un rayon de 3 kilomètres le fournisseur de métal, le décolleteur, le rectificateur, le traiteur de pièces… c’est cet assemblage qu’il ne faut pas casser ! » plaide avec passion la jeune chef d’entreprise. Une leçon de gestion toute savoyarde qui donnera à réfléchir aux skieurs abordant les premiers lacets menant aux stations.

Le refus d’être les oubliés du plan automobile

Pour les décolleteurs, seuls les constructeurs s’engageant à les faire travailler devraient être aidés par l’état.
« Tout va se jouer dans les jours à venir », prévient Martial Saddier, député-maire (UMP) de Bonneville. Sa région compte bien ne pas rester la vallée oubliée de l’industrie française. Ses habitants tentent de faire entendre leur voix dans l’élaboration du plan de sauvetage du secteur automobile. Trois de leurs représentants siègent au sein de la commission Chatel. Emmenés par le secrétaire d’État à l’Industrie, ce « think tank » de vingt-cinq membres est chargé de présenter une liste de propositions sur le point d’être soumises à l’Élysée. Lionel Baud, le président du Syndicat national du décolletage, et Éric Molleux, président du pôle de compétitivité Arve-Industries, y figurent aux côtés de Martial Saddier.
Les grandes lignes du plan de soutien ont été débattues lors des états généraux de l’automobile, réunis le 20 janvier à Bercy. La première réponse du gouvernement a été un soutien de 5 à 6 milliards d’euros pour les constructeurs. Les sous-traitants savoyards restent dubitatifs. « Cette promesse d’aides en échange du maintien des constructeurs en France, c’est un peu un marché de dupes… Ces usines se limitent de plus en plus à faire de l’assemblage et la vraie contrainte aurait été d’acheter une certaine proportion des pièces aux sous-traitants français », tranche Louis Pernat, patron d’une PME de 48 employés.
« Le gouvernement a clairement identifié la vallée comme un laboratoire-clé de l’industrie française », assure pourtant Martial Saddier. Fin octobre, c’est à Annecy — la préfecture de la Haute-Savoie — que Nicolas Sarkozy avait annoncé les premiers éléments de son plan de relance, notamment la création d’un fonds d’investissement stratégique et l’aménagement de la taxe professionnelle.
Auteur d’un récent rapport sur le soutien de la filière du décolletage, Martial Saddier se bat pour que les éventuelles recapitalisations décidées par l’État ne se limitent pas à des géants comme Renault ou Valeo. « Vous avez, dans la vallée, des PME d’une centaine de personnes qui sont tout aussi stratégiques, assurant la production de pièces équipant 80 % des véhicules produits », rappelle l’élu.

P.-A. S.

 


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